Lire : dis-moi où tu lis, je te dirai qui tu es

l’endroit où l’on lit, dit autant de nous que ce que l’on lit

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Après quelques réflexions sur les bienfaits de la lecture, publiées ici, j’ai envie de pousser plus loin cet agréable cheminement. Cette histoire si particulière entre nous et les livres. Pour que lire soit consubstantiel de vivre !

Et si l’endroit, le où, était aussi important que le quoi ou le comment en matière de lectures et de livres ?

Pour beaucoup, la lecture est un pur instant de relaxation.

Spontanément, le fait de lire, agit sur nos facultés cognitives les plus profondes. Nous le savons maintenant, les bienfaits sont réels.  Concentration, mémorisation, empathie, apaisement, sont au cœur du cercle vertueux qui relie lecture, livre et lecteur.  Et luttent de façon efficace contre beaucoup de formes de stress.

Particulièrement, ce qui contribue à la réussite de ces avantages avérés, est le choix. Le sentiment de liberté, de retour sur soi consenti ET désiré. L’interaction active de la Persona, avec le fait de vouloir lire et de pouvoir choisir son sujet de lecture.

Libre-arbitre et harmonie

Donc, vous serez mieux à même d’apprécier votre lecture, en choisissant votre titre à lire. Que n’a-t-on détesté les livres que l’on nous imposait ! Par contre, en ayant acté un biais positif, le libre-arbitre, vous impulsez déjà une chaîne d’harmonies. Comme dans une mélodie. Vous recherchez l’effet symphonique mais en mode solo ! L’un des nombreux paradoxes de la lecture.

Ce plaisir personnel qui se partage.

On n’a jamais vu autant de groupes, de clubs, de pages, de sites, de blogs, de profils de lecteurs (lectrices bien plus souvent) fleurir sur le web. Des Booktubeuses, des bookstagrameurs sont suivis par des centaines de milliers d’abonnés ! Qui l’eut crû ? Idem pour les applications liées à l’écriture, au dessin (comme wattpad) ou à la photo (à l’origine de Instagram).

Heureux effets de réseaux sociaux par ailleurs si décriés. Signe que quand l’intention est bienfaisante, l’effet est harmonieux.

Une véritable programmation sémantique est donc en marche. Ou même le choix des mots d’un titre fait sens. Une alchimie supplémentaire à la réussite de la recette. Le libre-arbitre de notre quête intérieure, même la plus discrète qui soit, est donc révélée par la lecture ! Et à l’instar d’autres choix, comme la musique, les arts, la culture, le sport  ou la gastronomie, tout engagement nous entraîne vers un processus pérenne, de confiance en soi et de mieux-être.

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Désir et Storytelling

Les facteurs s’additionnent donc en litanie vertueuse. Une lecture littéraire est aussi, à fortiori, plus bénéfique. Mettant en branle les ressources de la puissance de l’imagination. Même quand le storytelling est ultra-réaliste. Le besoin fondamental est l’immersion. L’identification à un univers acceptable. Cela ne veut pas dire forcément réaliste.

La tâche de l’écrivain est d’imaginer toutes choses de façon si personnelle que la fiction soit empreinte d’autant de vigueur que nos souvenirs personnels. Le monde selon Garp, john Irving

Parfois la suspension de la réalité, à travers les récits fantastiques, de fantasy, les univers magiques ou science-fictifs, les voyages dans des temps historiques, sont tout autant prégnants. Peu importe, en fait ! Ressemblance ou différence, le déterminisme est le désir. Un levier puissant, qui dope votre cerveau aux fameuses hormones du plaisir.

De même, les textes de spiritualité, de poésie, les humanités – aux sens renaissant du terme – produisent cet effet là sur des lecteurs consentants. Une méditation en mode slow motion.

Un feu d’artifice désiré d’ocytocine, d’endorphine et autre sérotonine.

Sérendipité et instinct

Intéressons-nous maintenant à la phase suivante. Le lieu du lire  est-il important ? Et que dis-t-il de notre façon de vivre la lecture ?

Et là, deux grandes tendances s’opposent et se retrouvent. Celles qui occupent souvent le débat du « que lisez-vous » ! Les partisans de l’omni-lecture, les « je lis de tout » sont alors les mêmes pour qui le lieu, comme le moment n’a aucune importance. Ils ont déjà cette variable de la sérendipité bien inscrit en eux. Ce cabotage de l’esprit qui, IRL, les désignent comme des esprits curieux. Une absence d’organisation cependant qui ne ne veut pas dire un manque de volonté. NON. Ils profitent de tous les moments et de tous les lieux possibles et imaginables pour lire. Chaque temps fait sens et est opportun.

Trajets et voyages, longs ou courts et les moyens de transports qui vont avec. Pauses déjeuners, salles d’attentes, de repos. Matin et/ou soir. Presque toutes les pièces de la maisonnée. Tout est prétexte, pro-texte.  Ces omnivores, soyons clairs, deviennent rares. La faute à la viralisation du smartphone, et à sa captation mortifère d’attention ! Au pire, si ce type de lecteur a migré sur un autre support, il est presque certain qu’il y reproduit ce même comportement presque non-sensique, impensé.

Car cela révèle et relève de l’instinct

Cette capacité à s’isoler de l’agitation. À se plonger dans une forme d’auto-hypnose. Celle produite par l’effet immersif de la lecture. En mode positif, la lecture est une méditation, alors qu’en mode négatif, l’écran est une déconnexion mentale. On passe de la soif à la faim. Et cela dénote une sorte de fragilité. Une faille dans la carapace, où tous moyens de lutte contre les effets anxiogènes de l’en-dehors sont bénéfiques pour ressourcer l’en-dedans.

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Cocon et cérémoniel

À contrario, les hédonistes du livre sont les adeptes par excellence d’une lecture ritualisée.

Un véritable processus, qui tient de la cérémonie, entre alors en jeu. Car une fois ménager le moment, et le choix du livre, la mise ne scène de l’endroit participe tout autant au plaisir du lire.

Les préliminaires, en quelque sorte, d’un acte quasi-amoureux. Car l’attachement est bien réel, entre l’homo lector et son heureux élu : le livre. S’installent, alors, des éléments de décorum, en mode réassurance et ritualisation. Faits pour endémiquement enchanter le moment jusque là idéalisé.

Et chacun de choisir ses marqueurs de bonheur.

Fauteuil, sofa, lit, transat, tapis, coussins. Plaid ou pull over, parasol ou ombres portées d’un arbre, au gré des saisons, c’est selon. La carte du menu des agapes est tout aussi variée. Thé, tisane, café, rafraîchissements, chocolat froid ou chaud et mets sucrés/salés, fruits de saison. Peu importe ! Tout fait bon ménage avec son cocon idéal.

Et en parlant de ménage, la ménagerie n’est jamais bien loin. Avec chat ou chien, roulé en rive de votre confort.

Pour l’entre-soi, rien de mieux que le chez soi ?

L’une des constantes de la mise en scène du lecteur quiet, est la reproductibilité de la scène. Si certains ne dérogeront pas à un lieu quasi unique de lecture, et de son moment (MON lit, MON fauteuil !) d’autres se contenteront de pouvoir installer a minima leur confort ailleurs. Il n’est donc pas rare de voir ces personnes qui s’installent dans un parc, un square, sur un banc ou un muret.  Au meilleur d’un moment où paysage intérieur et extérieur entrent en résonance.

Ils feuillettent en dilettante.

Paradoxalement, notons la rareté des lecteurs hédonistes, dans les lieux idoines comme les bibliothèques. Où l’on dirait que, passé un certain âge, l’adolescence, il est devenu inopportun de se laisser aller à la nonchalance de la lecture plaisir. Disparu l’enfant se vautrant sur des coussins au rayons jeunesse ou BD. Il se transforme en étudiant bunkerisé derrière ses écrans.  Puis plus tard, si tant est qu’il continue à fréquenter ces lieux de perdition, en adulte recroquevillé au sérieux atrabilaire. Des chuuuuuuts péremptoires blackboulants l’impétrant quidam qui oserait surseoir au credo du silence absolu !

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Silence et vie : Lire !

Que l’on se rassure, depuis quelques années, les médiathèques, les librairies et les musées font rentrer dans leur aire de savoir sacralisée, des heures de vie et d’animation. Riches et chaleureuses. Cédant, elles aussi, à ce constat immarcescible que le lecteur et la lecture sont l’un des faits sociaux les plus puissants existant encore. La lecture, une fois vécue comme expérience bienheureuse – et c’en est une – , est rarement délaissée.

Au contraire, cet acte tout en silence et en retrait, se transforme souvent en passerelle, en partage. Volubile et convivial. Ce champs lexical étendu, lentement mais surement acquis, par la pratique du lire, voit alors éclore tous les bienfaits de son efficacité. C’est le moment du grand oral.

On papote, on discute, on débat parfois, on vitupère même, on rit souvent. On est entre soi mais en groupe . En pays de connaissances – littéralement. En famille presque. Pour le moins en fraternité.

Cercle vertueux et nombril du monde

La boucle est bouclée alors. Où le foyer de lecture prend enfin tout son sens. Où la  familiarité entre l’esprit qui habite notre conscience, les ressources mises en jeu dans notre cerveau, produisent ce cercle vertueux qui a tout du  sens of wonder. LE sens de l’émerveillement.

Lire, c’est comme un tour de magie, il y a un truc, mais chut il ne faut pas le dire. Laissons nos yeux et nos âmes pétiller encore longtemps.

Lisez et faîtes lire ! Qu’importe le flacon pour que l’on ait LIVRESQUE !

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Marc-Olivier Amblard

 

Quelques lectures utiles

Umberto Eco, Lector in fabula, le rôle du lecteur, Livre de poche biblio essais

N’espérez pas vous débarrasser des livres, avec Jean-Claude Carrière, Livre de Poche biblio Essais

Alberto Manguel, Je remballe ma bibliothèque, Actes Sud, 2018

Jacques Bonnet, des bibliothèques peines de fantômes, Denoel et Arléa poche 2014

Antoine Compagnon, la Littérature pour quoi faire ? , Fayard, 2007.

Éric Gaspar, incroyable cerveau ! ; Robert Laffont, 2017

John Irving, le monde selon Garp, Points roman, Le Seuil, version 2018

 

 

 

 

Marc-Olivier AMBLARD
A propos de Marc-Olivier AMBLARD 5 Articles
Jeune quinqua Bibliophile et Geek assumé ! Après 27 ans dans le monde du livre en tant que responsable de librairies indépendantes ou non, je persiste dans cet affection toute particulière qui me lie à la lecture, aux livres, aux textes et aux multiples lieux qui les abritent : public, privé ou intime ! Et SURTOUT en faire un outil de partage et d'épanouissement ! J'ai une devise : qu'importe le flacon pourvu que l'on ait livresque...

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